Conformité & cybersécurité

Cyber Resilience Act : signaler une faille en 24 h, êtes-vous organisé ?

Depuis le 11 septembre 2026, les fabricants de produits numériques doivent signaler les failles exploitées en 24 h. Qui est concerné et comment s’organiser.

Par l’équipe DigitalPole · · 4 min de lecture
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L’essentiel en 30 secondes

  • Depuis le 11 septembre 2026, l’article 14 du Cyber Resilience Act s’applique.
  • Les vulnérabilités activement exploitées et les incidents graves doivent être signalés : alerte en 24 h, notification en 72 h.
  • L’obligation vaut aussi pour les produits déjà sur le marché.
  • Les autres exigences du règlement (sécurité dès la conception, marquage CE) s’appliqueront le 11 décembre 2027.

Le Cyber Resilience Act (règlement européen 2024/2847) impose progressivement des règles de cybersécurité à tous les produits numériques vendus dans l’Union européenne. Sa première obligation concrète est entrée en application le 11 septembre 2026 : le signalement des vulnérabilités activement exploitées et des incidents graves, dans des délais très courts. Beaucoup d’éditeurs et de fabricants ne sont pas encore organisés pour y répondre.

Qui est concerné ?

Le CRA s’applique aux produits comportant des éléments numériques mis sur le marché européen, c’est-à-dire :

  • les logiciels distribués : applications, logiciels installables, agents, bibliothèques commercialisées, extensions et connecteurs ;
  • le matériel connecté : équipements industriels, objets connectés, routeurs, appareils embarqués ;
  • les solutions de traitement à distance indispensables au fonctionnement de ces produits.

Sont visés les fabricants, mais aussi, dans une certaine mesure, les importateurs et distributeurs. Les services purement SaaS relèvent en principe d’autres réglementations, comme NIS 2.

Sont notamment concernés : les éditeurs de logiciels de sécurité, de réseau ou d’entreprise, les fabricants d’équipements télécoms, de broadcast ou industriels, et plus largement toute entreprise qui distribue un logiciel ou un appareil connecté.

Ce qui est obligatoire depuis le 11 septembre 2026

L’article 14 impose aux fabricants de signaler :

  1. les vulnérabilités activement exploitées dans leurs produits ;
  2. les incidents graves ayant un impact sur la sécurité de leurs produits.

Les délais sont serrés :

Étape Délai
Alerte précoce 24 heures après en avoir pris connaissance
Notification détaillée 72 heures
Rapport final (vulnérabilité) Au plus tard 14 jours après la mise à disposition d’un correctif
Rapport final (incident grave) Dans le mois suivant la notification

Point important : l’obligation s’applique quelle que soit la date de mise sur le marché du produit, donc aussi aux produits déjà commercialisés.

Les signalements passent par une plateforme unique, qui les transmet au centre de réponse aux incidents coordinateur : en France, le CERT-FR (ANSSI). Le fabricant doit aussi informer les utilisateurs concernés et, le cas échéant, leur indiquer les mesures à prendre.

Le calendrier complet

Date Ce qui s’applique
11 septembre 2026 Obligations de signalement (article 14)
11 décembre 2027 Toutes les autres obligations : exigences essentielles de sécurité, gestion des vulnérabilités sur tout le cycle de vie, documentation, évaluation de conformité, marquage CE

D’ici 2027, il faudra donc démontrer que vos produits sont sécurisés dès la conception, livrés sans vulnérabilité connue exploitable, mis à jour pendant leur durée de support et accompagnés d’une documentation (dont une nomenclature des composants logiciels, ou SBOM).

Comment s’organiser concrètement

Signaler en 24 heures suppose d’avoir préparé le processus. Voici les briques indispensables :

1. Savoir ce que contiennent vos produits

Établissez une SBOM (Software Bill of Materials) pour chaque produit : la liste des composants et bibliothèques utilisés, avec leurs versions. Sans elle, impossible de savoir rapidement si une faille publiée vous concerne.

2. Surveiller les vulnérabilités en continu

Intégrez dans vos pipelines des outils d’analyse de dépendances et de veille sur les vulnérabilités. C’est le cœur d’une approche DevSecOps.

3. Ouvrir un canal de signalement

Publiez une politique de divulgation des vulnérabilités et une adresse de contact sécurité, pour que chercheurs et clients puissent vous signaler une faille.

4. Définir les rôles et le circuit de décision

Qui qualifie une vulnérabilité ? Qui décide qu’elle est « activement exploitée » ? Qui fait la déclaration, y compris le week-end ? Ces questions doivent être tranchées avant le premier incident.

5. Préparer les correctifs et la communication

Capacité à produire et distribuer rapidement un correctif, modèles de messages aux utilisateurs, procédures de mise à jour : tout doit être prêt.

6. Tester le dispositif

Un exercice de simulation permet de vérifier que les délais de 24 et 72 heures sont tenables en conditions réelles.

Une opportunité autant qu’une contrainte

Les clients, en particulier les grands comptes et les acteurs publics, exigent de plus en plus de garanties de sécurité. Être en mesure de démontrer une gestion mature des vulnérabilités devient un argument commercial.

Conclusion

Le Cyber Resilience Act change la façon dont les produits numériques sont conçus et maintenus en Europe. La première étape, le signalement en 24 heures, est déjà en vigueur : elle demande une organisation et des outils. Nos ingénieurs cybersécurité et DevOps vous aident à mettre en place SBOM, surveillance des dépendances, processus de signalement et chaîne de correctifs.

Article rédigé à partir du règlement (UE) 2024/2847 et des analyses publiées au 15 octobre 2026. Pour toute décision de conformité, référez-vous au texte officiel et aux lignes directrices de la Commission européenne et de l’ENISA.

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FAQ

Questions fréquentes

Un éditeur SaaS est-il concerné par le Cyber Resilience Act ?

Un service purement SaaS relève en principe d’autres textes, comme NIS 2. En revanche, dès que vous distribuez un logiciel installable, une application, un agent, un plugin ou un équipement connecté, vous entrez dans le champ du CRA. Les solutions de traitement à distance indispensables au fonctionnement d’un produit peuvent aussi être concernées.

À qui faut-il signaler une vulnérabilité ?

Via la plateforme de signalement unique prévue par le règlement, qui transmet au centre de réponse aux incidents désigné comme coordinateur. En France, c’est le CERT-FR, rattaché à l’ANSSI. L’ENISA reçoit également les informations.

Quelles sanctions en cas de non-respect ?

Le règlement prévoit des amendes pouvant atteindre 15 millions d’euros ou 2,5 % du chiffre d’affaires mondial annuel pour les manquements aux exigences essentielles, et des montants plus faibles pour les autres obligations.